Je te revois, ancienne compagne,
née de mes mains hésitantes, d’un regard neuf sur le monde.
Je ne savais pas encore parler le langage de la lumière,
mais déjà tu écoutais mes silences,
déjà tu recueillais mes premières certitudes fragiles.
Le ciel que j’ai peint ce jour-là avait le goût de mes rêves,
et cette eau tranquille, au pied du pont,
était peut-être le miroir où je cherchais mon propre visage.
Je voulais comprendre la paix, la profondeur,
et c’est toi, toile immobile,
qui m’as appris à écouter le murmure des couleurs.
Les années ont passé,
et la vie a repeint tant de saisons sur ma mémoire.
J’ai vu le temps user mes mains,
mais jamais leur feu s’éteindre.
Et quand je te regarde aujourd’hui,
vieille amie, douce survivante de ma jeunesse,
je sens en toi le battement intact de ma première émotion.
Tu es restée fidèle,
gardienne silencieuse d’un instant où tout commençait.
Chaque trait, chaque ombre, chaque nuance maladroite
porte en elle la tendresse du commencement.
Tu es la preuve qu’il y a dans chaque début
une vérité que l’âge ne corrige pas.
Alors je te rends à la lumière
au regard des autres, aux cœurs sensibles.
Non pour qu’on te juge,
mais pour qu’on te reconnaisse comme moi je te reconnais :
comme un souvenir vivant,
un morceau d’âme resté en suspens sur le fil du temps.
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