Catégorie : Poèmes

  • C’est là où je renais

    C’est là où je renais,
    là où le temps se défait entre les pierres,
    où l’eau s’invente des chemins neufs
    et lave les pensées qui s’attardent.

    Le vent glisse sur ma peau,
    le chant des oiseaux se mêle à ma respiration,
    et tout devient juste,
    comme si la vie me reconnaissait enfin.

    Je ferme les yeux,
    le monde se tait,
    il n’y a plus que le murmure de l’eau,
    et cette lumière verte
    qui traverse les feuilles pour venir me toucher.

    Je ne cherche plus rien.
    Je ne fuis plus rien.
    Je suis la mousse,
    le courant,
    et le silence entre deux battements d’ailes.

    C’est là où je renais,
    dans le calme immense
    de ce qui ne veut rien prouver.

    Benhissoune Abdelkrim

  • C’est là que je t’attendais

    C’est là que je t’attendais,
    à chaque coucher du soleil.
    Je restais jusqu’au dernier souffle,
    jusqu’à la dernière lueur.

    Je repartais sans toi,
    mais ton amour, lui, grandissait,
    silencieux, fidèle,
    comme la mer qui revient toujours.

    C’est là que je me tenais,
    immobile,
    de peur d’effrayer la brise
    qui t’aurait peut-être ramenée.

    Et ce bâton, planté dans le sable,
    en est le témoin.
    Il sait tout —
    mes silences, mes attentes,
    et ce nom que je n’ai jamais cessé de murmurer

    Benhissoune Abdelkrim

  • Après la première pluie

    Maintenant je vis.
    L’odeur du sable après la première pluie me ranime.
    Les gouttes glissent comme des souvenirs
    sur la vitre du monde.

    Le tonnerre gronde au loin,
    il déchire le ciel,
    et dans sa blessure, la lumière s’infiltre..

    Le feu murmure dans la cheminée,
    une bougie pleure lentement sa lumière,
    et dans cette lente agonie de cire,
    je retrouve la paix.

    Chaque crépitement, chaque souffle,
    me parle d’un temps suspendu
    où rien n’était à prouver,
    seulement à sentir.

    La musique s’élève,
    éternelle, apaisante,
    comme si le silence lui-même
    avait décidé de chanter.

    Et moi,
    je respire.
    Je redeviens ce que j’ai toujours été :
    un être fait de pluie, de sable et de feu

    (Benhissoune Abdelkrim)

  • La tulipe et la nuit

    Dans le noir, elle ne tremble pas,
    elle attend.
    Un souffle invisible caresse ses pétales —
    le silence y dépose sa lumière.

    Nul printemps ne la nomme,
    elle est seule et pourtant entière.
    Sous le ciel fermé,
    elle invente encore la couleur du jour.

  • Ainsi commence l’amour, ma petite

    Ainsi commence l’amour, ma petite,
    par une peur
    timide, tremblante, presque douce
    celle qui retient le souffle
    et fait battre le cœur trop fort.

    Puis vient l’habitude,
    celle des mots du matin,
    des silences partagés,
    des gestes qu’on devine
    avant qu’ils ne naissent.

    Et sans qu’on s’en rende compte,
    l’attachement s’enracine,
    ardent, profond, brûlant —
    comme une flamme
    qui refuse de mourir.

    Ainsi commence l’amour, ma petite,
    par des pleurs en pleine nuit,
    des émotions sans nom,
    des sensations qui chavirent le cœur,
    et, encore, des pleurs.

    Ainsi commence l’amour, ma petite,
    par le sentiment d’être trahie,
    sans savoir par qui, ni pourquoi,
    par l’attachement
    d’une enfant à sa poupée,
    par une envie indéfinissable —
    celle de fuir, de tout oublier,
    et pourtant vouloir rester,
    anéantie, fragile,
    vulnérable comme au premier jour.

    Oui…
    ainsi commence l’amour, ma petite.

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  • À la toile de mes débuts

    Je te revois, ancienne compagne,
    née de mes mains hésitantes, d’un regard neuf sur le monde.
    Je ne savais pas encore parler le langage de la lumière,
    mais déjà tu écoutais mes silences,
    déjà tu recueillais mes premières certitudes fragiles.

    Le ciel que j’ai peint ce jour-là avait le goût de mes rêves,
    et cette eau tranquille, au pied du pont,
    était peut-être le miroir où je cherchais mon propre visage.
    Je voulais comprendre la paix, la profondeur,
    et c’est toi, toile immobile,
    qui m’as appris à écouter le murmure des couleurs.

    Les années ont passé,
    et la vie a repeint tant de saisons sur ma mémoire.
    J’ai vu le temps user mes mains,
    mais jamais leur feu s’éteindre.
    Et quand je te regarde aujourd’hui,
    vieille amie, douce survivante de ma jeunesse,
    je sens en toi le battement intact de ma première émotion.

    Tu es restée fidèle,
    gardienne silencieuse d’un instant où tout commençait.
    Chaque trait, chaque ombre, chaque nuance maladroite
    porte en elle la tendresse du commencement.
    Tu es la preuve qu’il y a dans chaque début
    une vérité que l’âge ne corrige pas.

    Alors je te rends à la lumière
    au regard des autres, aux cœurs sensibles.
    Non pour qu’on te juge,
    mais pour qu’on te reconnaisse comme moi je te reconnais :
    comme un souvenir vivant,
    un morceau d’âme resté en suspens sur le fil du temps.

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  • Tu m’attends

    Tu m’attends.
    Silencieuse, droite,
    là où le ciel se noie dans le feu du soir.

    Tu scrutes l’horizon,
    comme si mon nom s’y cachait,
    comme si le vent pouvait me ramener.

    Je t’aime — et tu le sais.
    Tu m’aimes — et je le sens.

    Entre nous,
    il n’y a plus de distance,
    seulement la lumière qui tremble,

    Et nos âmes qui se reconnaissent.

                                                          Mirleft – été 2021

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